mudra du grand Bouddha Amida de Kamakura

Les bombus, des personnes ordinaires

couple marchant sous la pluie avec des parapluies
Comme nous l'avons vu à plusieurs reprises à l'occasion d'articles précédents, l'école du Jodo Shin met tout particulièrement l'accent sur le pouvoir du Bouddha Amida, le pouvoir autre, tariki. Aucune pratique spécifique n'est requise. Qu'est-ce qui, alors, caractérise les pratiquants de cette tradition ? Ben pas grand-chose justement, et c'est bien le sujet de ce nouvel article : les bombus.

Qu'est-ce qu'un bombu ? "Bombu" est un terme japonais (凡夫) signifiant "être ordinaire". Dans le contexte du bouddhisme Shin, un être qualifié d'ordinaire est un être ignorant, soumis aux passions, peu capable : c'est en fait le contraire d'un Bouddha qui lui est un être pleinement réalisé, libéré de la souffrance, capable de déployer une infinie compassion et sagesse pour tous les êtres.

Dans les soutras du Mahāyāna, il est souvent fait mention de Bouddhas et de bodhisattvas extraordinaires, manifestant des pouvoirs spirituels merveilleux. D'après ces textes, ces grands êtres viennent en aide à des myriades d'êtres qui souffrent, englués dans le samsāra. Il est rare que l'on se pose la question de l'identité de tous ces êtres, bien négligeables en comparaison de la grandeur des Bouddhas. Ces êtres en souffrance, ce sont tout simplement des bombus.

Le concept de bombu est très important. Nous sommes tous des êtres pleins de faiblesses, et pourtant notre orgueil nous aveugle et nous refusons d'admettre ce constat pourtant si simple. On cherche à se valoriser dans un domaine précis, on redéfinit notre perception de la réalité de façon à avoir le beau rôle, on minimise l'importance de nos défauts, on valorise certaines formes de force quand cela nous avantage... Pourtant dans le fond nous savons bien que nous sommes tous des êtres fragiles et vulnérables. Même le guerrier le plus endurci ne peut survivre au SIDA !

Au lieu de nier nos faiblesses, nous avons bien plus intérêt à les assumer pleinement. Déjà parce que ainsi nous sommes plus proches de la réalité. Mais aussi parce que cette reconnaissance a de profondes vertus spirituelles. Reconnaître nos limitations et nos défauts nous mène forcément à plus d'humilité. Admettre que l'on est incapable de se libérer par nous-mêmes c'est aussi reconnaître l'extraordinaire complexité du monde et de ce fait reprendre notre juste place au sein de cet univers. Une place qui n'est pas négligeable, mais qui est loin d'être centrale pour autant. Assumer d'être un bombu c'est reconnaître également que les autres aussi sont des bombus, que nous sommes tous comparables sur ce plan-là et que dans l'absolu personne n'a plus de valeur que quiconque : ça permet de développer une profonde humanité, sentiment d'humanité qui est sans doute une des plus belles choses qui peut naître de la civilisation.

Dans le chemin spirituel Jodo Shin, prendre conscience que nous sommes des bombus est d'une importance centrale. Lorsque l'on sonde notre incapacité spirituelle fondamentale, cela nous donne en creux un aperçu du pouvoir spirituel d'Amida, Amida qui a justement fait le voeu de nous venir en aide en créant une Terre Pure destinée aux bombus, à tous les êtres qui n'ont pas la capacité de se libérer par eux-mêmes, mais qui pour autant ne méritent pas de souffrir parce qu'ils sont pris dans le piège de l'illusion. Cette intuition de l'infinie compassion d'Amida ne peut que faire naître et développer notre confiance vis-à-vis de cette source de Lumière et de Vie infinie.

Souvent le terme "bombu" est un peu péjoratif, mais d'une façon constructive. Inutile de qualifier les autres de bombu, le seul bombu qui doit nous inquiéter c'est nous-mêmes. S'apercevoir que l'on est soi-même un bombu, c'est redescendre un peu de notre piédestal, faire preuve de plus d'humilité, être aussi capable d'autodérision et devenir plus tolérant vis-à-vis des autres pour qui la vie n'est pas facile non plus. Pour autant, pas la peine d'être plus bombu que le bombu : à moins d'être un criminel de guerre particulièrement atroce, se qualifier de personne la plus mauvaise du monde reste encore une marque d'égo... Une façon de se valoriser au travers d'une fausse humilité, ce qui n'est en définitive d'aucune utilité.

Gratitude

Namu Amida Butsu
boutton de retour
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