mudra du grand Bouddha Amida de Kamakura

La Grande Voie de l'absolu Pouvoir Autre

temple japonais isolé dans la montagne
Aujourd'hui je vous propose un nouveau texte de Kiyozawa Manshi. C'est un texte très fort, texte dans lequel transparaît son engagement sans concessions. Ce traité propose un angle de vue intéressant sur le Jōdo Shinshū, parce qu'il démontre qu'il est possible d'aborder cette tradition d'un point de vue très spartiate. Très clairement, cette vision est propre à Kiyozawa Sensei et nous ne sommes pas obligés d'y adhérer de la même façon que lui, mais elle prouve que le Jōdo Shin ne peut être réduit à une sorte de superstition confortable et que nous sommes en présence d'une vraie tradition religieuse, dans laquelle on peut s'abandonner complètement.

Bonne lecture

I

Ce "moi" n'est rien d'autre que ce qui, s'engageant dans la Voie de la nature véritable et se confiant à l'action merveilleuse absolue et infinie, s'est établi de lui-même dans la situation présente.

Une fois engagé auprès de l'Infini, la vie et la mort ne sont plus une inquiétude. Si même la vie et la mort ne sont plus une inquiétude, il est certainement inutile de s'inquiéter pour des choses de moindre importance. L'exil est acceptable. L'emprisonnement est supportable. Y a-t-il dans la calomnie, le rejet, ou l'humiliation quoique ce soit qui puisse nous tracasser ? Non, il n'y a rien. Même si nous nous inquiétions et nous troublons à propos de telles choses, nous ne pourrions rien faire à ce sujet. Alors nous devons simplement profiter de ce qui nous a été donné par l'Infini.

II

La myriade de changements et de transformations de toutes les choses existant dans l'univers est la merveilleuse action du seul grand, inconcevable pouvoir. Généralement nous prenons ces choses pour acquises. Ce sont des phénomènes naturels. Nous ne ressentons pas de vénération. Il serait inutile d'évoquer le sujet si nous manquions d'intelligence ou de sensations. Mais puisque nous disposons de ces facultés, n'est-ce pas une erreur de ne ressentir aucune vénération ?

La perception d'une couleur ou la reconnaissance d'un parfum n'est pas déclenchée par le pouvoir de la couleur ou du parfum en soi. Ces événements ne se produiraient pas sans l'impulsion du seul grand, inconcevable pouvoir. En plus des couleurs et des parfums, n'est-ce pas également valable en ce qui concerne le "moi" ? Ce n'est pas à nous de déterminer d'où est venu le "moi" et où il va. Nous sommes impuissants non seulement en ce qui concerne les choses d'avant notre naissance et d'après notre mort, mais aussi en ce qui concerne l'émergence et la disparition de nos pensées en ce moment même. Nous sommes absolument entre les mains du Pouvoir Au-delà du Soi.

III

Nous sommes destinés à mourir. Mais même si nous mourrons nous ne disparaissons jamais vraiment. Nous ne sommes pas uniquement faits de vie, la mort fait également partie de nous. Nos existences sont faites à la fois de vie et de mort. Nous ne sommes pas dépendants de la vie et de la mort. Nous sommes des êtres spirituels qui existent au-delà de la vie et de la mort.

Néanmoins, nous n'avons pas prise sur la vie et la mort. Leur existence dépend entièrement de l'oeuvre merveilleuse du Pouvoir Autre qui transcende nos pensées. Nous ne devons donc jamais nous laisser influencer par la joie ou le chagrin face à la vie et à la mort. En vérité c'est dans chaque situation que nous devons nous comporter de cette façon. Nous devrions admirer la merveilleuse action du Pouvoir Autre infini, telle qu'elle se manifeste dans la variété infinie des phénomènes de l'univers.

IV

Ne suppliez pas. N'exigez pas. Que vous manque-t-il ? Si vous êtes insatisfaits, n'est-ce pas là un témoignage de votre incrédulité ? Le Tathāgata ne satisfait-il pas à tous vos besoins ? Même si ce qui vous a été donné ne suffit pas à combler vos besoins, n'est-il pas vrai que rien ne pourrait vraiment les satisfaire ? Si vous souffrez à l'idée qu'il vous manque quelque chose, vous devriez redoubler d'efforts et apprendre à trouver la paix dans la volonté du Tathāgata. Il serait mesquin et indigne d'attendre quelque chose des autres. Cela revient à mépriser la volonté du Tathāgata. Bien que le Tathāgata soit insensible à votre ingratitude, qu'en est-il de votre propre souffrance ?

V

Où se trouve le Pouvoir Autre infini ? Il se manifeste dans tout ce que vous recevez, qui n'est autre qu'une manifestation du Pouvoir Autre infini. Vénérez-le et chérissez-le, et soyez ainsi reconnaissants pour l'immense bénédiction du Tathāgata. Pourtant vous cherchez la satisfaction auprès des choses extérieures, vous suivez les autres, sans chercher la satisfaction en vous-mêmes. N'êtes vous pas dans l'erreur ? Rechercher des biens matériels est source d'avidité. Suivre les autres est source de colère.

VI

Quelle est la chose la plus importante à faire lorsque l'on fait l'effort de s'améliorer ? En premier lieu, réfléchissez sur vous-même. En examinant la réalité de votre "moi", vous obtiendrez un aperçu de la grande Voie. Si vous obtenez un aperçu de la grande Voie, vous ne manquerez de rien. Si vous ne manquez de rien, vous ne convoiterez pas ce que les autres ont. Si vous ne convoitez pas ce que les autres ont, vous n'entrerez pas en conflit avec eux. Qu'est-ce qui peut être mieux que de se satisfaire de ce que vous avez, de ne pas convoiter ce que les autres ont et de ne pas entrer en conflit avec eux ? Quoi de plus excellent que ça ? Ce n'est donc qu'après avoir atteint cela que nous pouvons atteindre réellement l'indépendance et la liberté. Un tel "moi" n'est jamais blessé par les choses extérieures ou par autrui. Celui qui craint d'être blessé est totalement dans l'égarement. Il faut se débarrasser complètement de l'illusion et de l'égarement.

VII

Une personne indépendante doit toujours se tenir au sommet du rocher de la vie et de la mort. Elle doit bien sûr être préparé à l'anéantissement ou à mourir de faim. Elle peut calmement accepter la mort si la nourriture ou les vêtements viennent à manquer. Si elle a une famille et des proches, elle devrait veiller à leur bien-être avant le sien, gardant pour elle-même seulement ce qui reste. Ne vous inquiétez pas de savoir comment votre famille et vos proches seront amenées à se débrouiller après votre mort. Ce n'est pas un problème si vous faites une solide confiance à la grande Voie de l'absolu Pouvoir Autre. La grande Voie n'abandonnera pas vos êtres chers. Ils trouveront une façon de prendre soin d'eux-mêmes. S'il s'avère qu'ils ne peuvent trouver aucun moyen de survivre, c'est qu'alors la grande Voie a ordonné leur mort. Ils doivent l'accepter sans se plaindre. Socrate a dit :

« Lorsque j'étais parti pour la Thessalie, le Ciel a nourri et protégé ma famille par le biais du soin aimant qu'ils ont reçu de la part des autres. Maintenant, si je m'en vais dans la lointaine contrée de la mort, le Ciel ne les nourrirait et ne les protégerait pas à nouveau ? »


Gratitude

Namu Amida Butsu
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