mudra du grand Bouddha Amida de Kamakura

Kiyozawa Manshi, réformateur de l'école Jōdo Shin

l'image qui va bien
On trouve, parmi les prêtres du Jōdo Shinshū, différents penseurs ayant eu de l'influence sur cette école bouddhiste. Kiyozawa Manshi est un de ces réformateurs qui n'a pas vraiment fait l'unanimité auprès de ses contemporains. Considéré par certains comme novateur dans sa compréhension des écrits de Shinran Shonin, par d'autres comme déviant et frisant l'hérésie, ce fut une personnalité très controversée.

Né le 26 juin 1863 à Nagoya au Japon, il fut l'aîné d'une famille de samouraïs de rang inférieur. Son père portait de l'intérêt au Zen tandis que sa mère était une disciple de l'école Jōdo Shin. La démarche spirituelle sincère de cette dernière a sans aucun doute eut un impact non négligeable sur la vie du jeune Kiyozawa.

Kiyozawa avait 5 ans lorsque advient la restauration de l'ère Meiji, impactant la caste des samouraïs en les privant de leurs privilèges. Sa famille, déchue de sa position, connut subitement la pauvreté.

Le jeune Kiyozawa fut un très bon élève, baignant dans la culture traditionnelle japonaise, mais pas seulement : après avoir intégré l'école de langues étrangères de Nagoya où il eut l'occasion d'apprendre l'anglais, il apprit l'allemand au cours de ses études médicales. Ses études furent contrariées suite à des contingences matérielles et, désireux de les poursuivre tout de même, il intégra le Jōdo Shinshū qui octroyait des bourses d'études à certains étudiants prometteurs qui se destinaient à la prêtrise. Il admit lui-même par la suite que sa motivation première n'était pas très religieuse.

Après son ordination et sa scolarité à l'école Ikueikō, il poursuivit ses études au département de littérature de l'université où il eut l'occasion d'étudier des philosophes occidentaux tels que Spinoza, Kant ou Hegel. Il étudia également la physique, les classiques chinois et l'anglais. Par la suite il commença à enseigner en parallèle de sa propre poursuite d'études.

Sa carrière le mena également à assumer la profession de principal dans un lycée en plus de poursuivre son activité d'enseignant. C'est à cette époque qu'il se maria avec la fille d'un prêtre après y avoir été incité par les dirigeants de son école bouddhiste. Le couple eut 4 enfants, dont deux morts en bas âge. C'est aussi la période de sa vie où il goûta au confort et au luxe occidental, habitant une grande maison, fumant des cigarettes et se faisant transporter au travail en rickshaw.

A l'âge de 27 ans toutefois, il décida de mettre fin à cette vie de confort et se tourna vers une vie d'ascète qu'il appela "Le minimum possible". Il se rasa le crâne, échangea sa tenue occidentale contre la robe bouddhiste et les getas traditionnelles, arrêta la cigarette, le régime carné et ne se fit plus transporter en rickshaw. Il commença à passer le plus clair de son temps à lire des textes classiques tels que le Tannishō.

Le décès de sa mère l'année suivante ne fit qu'accentuer son ascèse. Ses tentatives de réforme de l'école Otani-Ha s'accentuèrent également. Mais après 5 ans de cette ascèse rigoureuse, Kiyozawa contracta la tuberculose. Refusant dans un premier temps une aide médicale pour poursuivre ses austérités, il fut finalement convaincu par des amis et échappa de peu à la mort.

Une fois remis il pu poursuivre ses tentatives de réforme, mais finalement le vent tourna en sa défaveur et en la défaveur de ses sympathisants, ils furent même taxés d'hérétisme et expulsés de l'école Otani-ha un an durant. Ce fut durant cette période qu'il perdit sa position d'enseignant et que son mouvement de réforme fut dissous. Kiyozawa fit face à des difficultés financières et, n'étant pas encore complètement rétabli de sa précédente maladie, recommença à cracher du sang.

En 1898, Kiyozawa fut nommé à la tête de l'université Shinshū à Tōkyō. Mais cette situation ne dura que jusqu'en 1902, où il fut décidé de relocaliser l'université à Kyōto pour mettre un frein à la politique éducative de Kiyozawa, ce qui eut pour effet de faire démissionner ce dernier. Cette même année, son fils aîné et sa femme décédèrent, ce qui l'affecta grandement. Il mourut finalement en 1903, moins de deux mois après le décès de son dernier fils.

Une semaine avant son décès, Kiyozawa écrivit le texte qui est considéré comme son oeuvre majeure. Il mourut à 40 ans, des suites de la tuberculose qu'il avait contracté lors de sa période de vie ascétique et après avoir perdu l'ensemble de sa famille proche. Figure ambivalente, il a été à la fois source d'inspiration pour de nombreux prêtres, mais aussi menace hérétique pour d'autres. Sa volonté de moderniser cette tradition et sa familiarité avec la philosophie occidentale en font, selon moi, un des meilleurs ambassadeurs pour le Jōdo Shin en Occident.

On ne peut pas dire qu'il y ait été de main morte avec ses coreligionnaires, n'ayant aucun scrupule à dénoncer les comportements qui étaient selon lui inadmissibles de la part de prêtres bouddhistes. Une partie des traités qu'il a rédigés ont été traduits en anglais, entre autres dans le livre "December fan" traduit par Nobuo Haneda dont je vous recommande bien évidemment très chaleureusement la lecture. J'ai traduit en français une bonne partie de ces textes et vous les proposerais à la lecture au fur et à mesure des publications sur ce site. Ce sont des traductions sans aucune prétention, je ne suis pas le plus érudit en matière de bouddhisme, pas non plus le plus affuté en ce qui concerne la langue de Shakespeare, mais ces traductions ont au moins le mérite d'exister.

Gratitude

Namu Amida Butsu
boutton de retour
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