mudra du grand Bouddha Amida de Kamakura

Hōnen shonin, maître de Shinran

portrait de Hōnen Shonin
Parmi les sept patriarches du Jōdo Shinshū, il est intéressant de prendre un moment pour parler de Hōnen, maître direct de Shinran.

Né en 1133 à Inaoka, dans la province de Mimasaka (actuellement la province de Okayama), Hōnen était le fils unique d'un gouverneur militaire. Ses parents lui ont donné le nom de Seishi-maru d'après le boddhisattva Seishi. La coutume aurait voulu qu'il reprenne la charge administrative de son père à sa mort, mais ce dernier fut mortellement blessé au combat lorsque Hōnen n'avait que 8 ans. Au moment de mourir, son père l'aurait exhorté à ne pas chercher à le venger, mais plutôt à devenir moine afin de prier pour leur salut à tous les deux.

Hōnen fut alors confié à son oncle qui était l'abbé d'un temple local. Décelant un grand potentiel chez son neveu, cet oncle décida de l'envoyer étudier à l'Enryakuji, le siège de l'école Tendai sur le mont Hiei. Hōnen a alors 12 ans. Il allait y rester jusqu'à ses 42 ans. Il se consacra à la pratique et l'étude du bouddhisme Tendai avec succès puisque Eikū, son maître, en fit son successeur.

Cependant, Hōnen n'était toujours pas satisfait de sa quête spirituelle. Il rendit visite à des maîtres d'autres traditions, se rendit à Nara, et finalement se résolut à trouver la solution à ce qu'il cherchait dans les soutras : Hōnen est réputé pour avoir lu l'intégralité du canon bouddhiste chinois 5 fois, ce qui représente une tâche colossale. Mais c'est finalement au cours de la lecture de l'Ōjōyōshū de Genshin (5ème patriarche du Shin), au dernier chapitre, que Hōnen s'arrête finalement sur un passage citant le maître chinois Shandao, passage faisant l'apologie du nembutsu.

Ayant trouvé la voie qu'il cherchait, il décida de se consacrer à la voie de la Terre Pure et il quitta le mont Hiei. Il s'installa dans la ville de Kyōto, en contrebas de la montagne, et commença à se consacrer à la transmission des enseignements de la Terre Pure. Attiré par sa réputation de sainteté et d'érudition, de nombreux disciples de toutes les classes sociales vinrent écouter ses enseignements, qu'ils soient samouraïs, anciens voleurs, fonctionnaires, prostituées... Cependant son succès fini par attirer l'attention des autres écoles bouddhistes et les particularités de son enseignement (ainsi que le comportement de certains adeptes) lui valu quelques ennuis avec ses contemporains. A tel point qu'à la suite d'un incident impliquant des disciples de Hōnen et deux concubines de l'empereur retiré Go-Toba, la communauté de la pratique exclusive du nembutsu fut interdite, les moines impliqués dans l'incident éxécutés, et Hōnen lui-même fut exilé comme sept de ses proches disciples.

4 ans plus tard il fut amnistié et pu revenir à Kyōto, la capitale. Rendu à moitié sourd et aveugle par l'âge, Hōnen passa les derniers mois de sa vie dans un ermitage mis à sa disposition par un fidèle, et mourut moins de trois mois après la levée de l'exil.

Hōnen est célèbre pour avoir créé l'école Jōdo Shū, première école japonaise indépendante des écoles chinoises. Cette école est très similaire au Jōdo Shinshū, seules quelques différences doctrinales permettent de les différencier, notamment en ce qui concerne la répétition formelle du nembutsu ou la place du pouvoir personnel dans la pratique.

Contrairement à Shinran, Hōnen Shonin était un moine exemplaire. Il a observé les préceptes bouddhistes toute sa vie, était particulièrement érudit (considéré comme un des plus grands esprits de son temps) et était réputé pour réciter le nembutsu jusqu'à 60000 fois par jour ! Quelques semaines avant sa mort, il révéla d'ailleurs à ses disciples que, depuis plus de dix ans, il voyait continuellement le Bouddha Amida et sa Terre Pure, tels que décrit dans le soutra des contemplations. Quelques jours avant son décès il rédigea son testament spirituel, le "Manifeste en une feuille", et contrairement à ce que sa pratique monastique assidue pourrait laisser supposer, c'est bien l'apologie de la simple récitation du nembutsu, en toute simplicité, qu'il fit dans cet ultime texte.

Hōnen nous a entre autres laissé le Senchaku-shū, texte particulièrement polémique à l'époque. Ecrit à la demande de Kujō Kanezane (porte-parole de l'empereur Go-Toba), ce texte ne devait pas être diffusé de son vivant. Après son décès il ne tarda pas à se répandre et fut l'objet de vives critiques : entre autres choses il remettait en cause la nécessité de développer Bodaishin, l'esprit d'éveil. Myōe, autre célèbre érudit Kegon de l'époque, a écrit pas moins de deux textes pour réfuter le Senchaku-shū ! Certains chercheurs pensent que Shinran Shonin a lui-même écrit son Kyōgyōshinshō en réponse à la réfutation de Myōe, pour défendre l'enseignement de son maître.

L'apport de Hōnen Shonin aux écoles japonaises de la Terre Pure est indiscutable, et de nos jours ses écrits continuent d'inspirer et d'éclairer la pratique de millions de fidèles.

Gratitude

Namu Amida Butsu
boutton de retour
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