Shinjin, les trois coeurs en un

Simple, vraiment ? Pas si sûr. C'est vrai qu'en termes de théories compliquées, de pratiques difficiles, longues ou pénibles on est sur quelque chose de light. Mais est-ce si simple ? Nous allons nous pencher sur ces "coeurs" un à un.
Le coeur sincère: c'est l'engagement sincère de la part du pratiquant en ce qui concerne son cheminement dans la voie. C'est également le fait de renoncer à faire le mal et privilégier le bien. Mais la sincérité, ce n'est pas si facile. Nous sommes des êtres complexes, aux fonctionnements parfois tordus, incohérents, voire franchement néfastes. Nous avons tendance à refouler des émotions, nier les évidences, réécrire l'histoire... Nos esprits sont parfois tellement trompeurs que nous parvenons à nous convaincre d'être sincères alors qu'en réalité ce n'est pas le cas. Nous nous mentons facilement à nous-mêmes et parfois de façon totalement inconsciente en "toute bonne foi" donc. La sincérité c'est difficile, car nous ne pouvons même pas avoir la certitude d'être sincères vis-à-vis de nous-même.
La foi sereine: être conscient de nos incapacités sur la voie et être capable de faire une confiance pleine et entière à Amida. Beaucoup plus difficile que cela semble l'être. Complètement mus par nos égos, quand nous reconnaissons nos faiblesses, nos manquements, c'est très souvent de la fausse humilité, ou des déclarations qui n'ont pour objectif que de nous faire valoir vis-à-vis de nos interlocuteurs. En vérité nous sommes souvent pétris d'orgueil, conscients de nos défauts, mais ayant toujours tendance en même temps à les minimiser, ou à considérer que les autres sont pires. Et ça ce n'est rien à côté de notre capacité à faire confiance ! Faire confiance c'est lâcher-prise, accepter de laisser le contrôle, ne pas surveiller, prendre le risque de perdre quelque chose. En général nous ne faisons réellement confiance que lorsque nous n'avons pas le choix de faire autrement, parce que la situation nous échappe. Mais lâcher le contrôle sur une situation potentiellement contrôlable n'a rien d'intuitif, au contraire. Ainsi, nous disons faire confiance, mais en réalité bien souvent nous nous méfions, surveillons et nous tenons prêts à réagir si jamais la situation n'évolue pas dans le sens de nos intérêts personnels.
Le désir de renaître dans la Terre Pure: même ce simple désir (qui est pourtant une idée des plus souhaitables !) est beaucoup plus ambigu qu'il semble l'être de prime abord. La renaissance dans la Terre Pure est sans aucun doute ce qui peut nous arriver de mieux, mais sommes-nous prêts à renoncer à notre vie présente, quand bien même nous savons qu'elle est profondément insatisfaisante ? Pourquoi s'attacher à nos habitudes, à notre façon de vivre qui ne peut que nous causer de la souffrance, que ce soit maintenant ou dans un futur plus ou moins proche ? Comme beaucoup de problématiques concernant la pratique de la Terre Pure, cette dernière n'est pas nouvelle: déjà dans le Tannisho (très important livre que nous aurons le plaisir d'évoquer plus tard), au chapitre IX, Yuien-bo confie à Shinran Shonin son manque d'enthousiasme pour Sukhāvatī.
Et ce n'est pas tout. La renaissance dans la Terre Pure n'est possible que si nous transférons nos mérites dans le but d'y renaître. Et c'est là que c'est de loin le plus compliqué: pour transférer des mérites, il faut déjà en accumuler. Même si on en accumule, les mérites générés par un coeur impur ne sont pas des mérites qui peuvent être transférés de façon avantageuse. Et même dans le cas où nous parviendrons malgré tout à accumuler des mérites suffisamment purs... encore faut-il savoir comment les transférer ! Une telle faculté spirituelle est réservée aux bodhisattvas déjà avancés sur la voie.
Que pouvons donc nous faire ?? Ces pratiques si simples et accessibles, si nous regardons avec honnêteté en nous-mêmes, nous constatons que nous n'avons absolument pas la garantie de les réaliser. Où trouver ce coeur sincère, cette foi véritable et cette capacité à transférer des mérites ? Nous avons besoin d'aide, de l'aide de quelqu'un et pas de n'importe qui: l'aide d'Amida lui-même.
Dans son recueil de réflexions sur la Terre Pure, Shinran Shonin est très clair sur ce point: il n'y a rien en nous qui ne provient pas du coeur pur d'Amida. Amida a le coeur sincère, la foi sereine et la capacité de transférer des mérites. Et dans sa grande compassion et sa grande sagesse, il nous permet de bénéficier de cette sincérité, de cette foi et de ce transfert de mérite. De quelle façon nous met-il toutes ces vertus à disposition ? Simplement en s'en remettant totalement à lui, sans réserve, dans une seule pensée de foi pure. Cette unique pensée de foi pure, c'est le coeur unique mentionné par Vasubandhu au tout début de son traité de la naissance dans la Terre Pure, le coeur unique qui contient en lui-même les 3 autres coeurs. Cette pensée, cet élan de foi pure en la bienveillance d'Amida, lui permet de venir à notre secours et de compenser nos faiblesses grâce à la puissance de sa pratique, à la pureté des qualités spirituelles qu'il a développé et aux infinis mérites qu'il a accumulé.
Les trois coeurs requis sont tous contenus dans le coeur unique et ce coeur unique c'est la foi véritable en Amida. Cette foi est très facile à obtenir mais il faut pour cela se défaire de l'idée d'accomplir par nous-mêmes, de réussir, de gagner, de s'efforcer... Cette habitude, cette croyance est tellement ancrée en nous qu'il est très difficile de s'en débarrasser et paradoxalement cette foi facile à obtenir devient très difficile à accepter. Il suffit pourtant d'une seule pensée de cette foi authentique pour autoriser Amida à nous venir en aide et nous mener hors du samsara.
Gratitude
Namu Amida Butsu

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