De l'importance de participer aux conférences sur le Dharma

Selon Rennyo, les réunions mensuelles entre disciples sont des occasions pour les pratiquants du nembutsu de se rassembler pour discuter de leur propre foi et de celle des autres. Dans une autre de ses lettres (la 12ème du 4ème fascicule du même recueil), il affirme que les personnes dont la foi n'est pas assurée devraient absolument exprimer leurs doutes avant que l'assemblée ne se disperse afin de pouvoir en parler avec les autres. Selon lui toujours, de tels rassemblements devraient être tenus au moins une fois par mois, voire deux.
J'ai déjà évoqué la pratique dans le Jōdo Shinshū et le fait que, contrairement à de nombreuses autres écoles, le nombre de pratiques obligatoires est plutôt réduit. En effet, le strict minimum est de cultiver la foi en Amida ce qui conduit naturellement à la pratique du nembutsu. En plus de cette pratique centrale, essentielle, il y a assez peu d'activités typiquement Shin. Il y a la liturgie, l'étude des textes, le fait d'assister aux cérémonies mais aussi la participation aux conférences sur le Dharma, qui est un point d'une importance essentielle comme en témoignait justement Rennyo.
Les conférences sur le Dharma, souvent qualifiées de "Dharma talks" par habitude (les communautés européennes étant étroitement liées à des communautés plus internationales, l'usage de l'anglais est très présent) ont une place très particulière. En Occident, ces conférences débutent souvent avec une cérémonie peu formelle, puis la personne qui donne la conférence prend la parole. Une fois son intervention terminée, les participants sont invités à s'exprimer sur ce qui vient d'être dit. Jusque-là rien de bien particulier.
Mais les particularités du Jōdo Shin donnent ici aussi un sens particulier à ces rassemblements très classiques. Pour commencer, l'intervenant, qu'il soit moine ou laïc, est forcément un bombu. Même si ces conférences font souvent office d'enseignement (il faut bien transmettre le message des patriarches), en réalité il n'y a pas d'enseignant à proprement parler dans le Jōdo Shinshū. Le seul véritable enseignant n'est autre que... Amida lui-même bien sûr. Le thème de ses conférences peut être très variable. Il peut être question de l'étude d'un texte, d'un point de doctrine, d'un témoignage, de l'explication d'un fait historique... Tout sujet en lien avec la foi en Amida. C'est aussi cela qui rend l'intervention des participants intéressante : comme il n'y a pas de hiérarchie en matière de réalisation au sein de notre école, l'avis de chacun peut avoir de la pertinence sur de tels sujets. Ces échanges sont donc très enrichissants, et le rôle de la conférence est aussi de donner un cadre à tout ça pour que ça ne parte pas dans tous les sens !
Mais ce n'est pas le seul intérêt : comme le disait Rennyo, les participants ne devraient jamais quitter une telle conférence sans avoir pu formuler leurs éventuels doutes. La foi est quelque chose qui peut prendre du temps pour se développer, s'affermir, et il peut parfois être difficile de s'en remettre à Amida sans réellement ressentir sa présence. Dans ces cas-là, le soutien et le partage de la communauté sont très précieux. De nombreuses phases de notre cheminement spirituel sont saines, normales et fréquentes, même si elles peuvent parfois être désagréables. Encore une fois, nous sommes tous des bombus, le fait de se soutenir mutuellement aide à cheminer ensemble vers la sérénité de la Terre Pure. Confier ses doutes ou ses interrogations aux autres participants ainsi qu'aux pratiquants plus avancés que nous peut être très réconfortant et rafraichissant. Personnellement, je pense que c'est pour cela que Rennyo recommandait de se rassembler au moins tous les mois : pour avoir de façon régulière cette possibilité de s'épauler mutuellement dans l'épanouissement de notre foi.
Dernier point, moins spécifique au Shin, mais essentiel tout de même : cultiver l'esprit de Sangha. La Sangha est un des trois joyaux du Bouddhisme, c'est une notion essentielle qui fait écho à ce que je viens de dire juste avant. La pratique Jōdo Shinshū est une pratique simple, il peut être tentant de la pratiquer dans son coin, sans s'imposer les contraintes liées à l'appartenance à un groupe. De fait, les cérémonies et conférences Jōdo Shin n'ont aucun caractère obligatoire. Mais il est très propice de se rapprocher d'une communauté, la Sangha c'est aussi faire le choix de se rassembler pour mieux pratiquer les enseignements du Bouddha. Pratiquer tout seul peut être décourageant et source d'erreurs dans sa compréhension du Bouddhisme. C'est pourquoi cette notion est essentielle, et la participation aux conférences sur le Dharma, par leur dimension accessible et participative, permet de rassembler les pratiquants tout en leur donnant la possibilité d'être les acteurs de leur propre chemin sur la Voie.
Une telle participation n'est pas obligatoire, mais elle est vivement encouragée. C'est également une forme d'expression de notre foi, permettant de recevoir de l'aide pour ceux qui en ont besoin et d'en donner pour ceux qui en sont capables. La voie de la Terre Pure est souvent comparée à une agréable traversée en bateau (comparée à la voie des sages qui serait plutôt une expédition terrestre périlleuse), un bateau que j'imagine grand et spacieux, transportant de nombreuses personnes profitant sereinement ensemble du voyage en destination de la Terre Pure.
Gratitude
Namu Amida Butsu

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