mudra du grand Bouddha Amida de Kamakura

Le manifeste en une feuille

Manifeste en une feuille
Comme nous avons tout récemment parlé de Hōnen Shonin, l'occasion est toute trouvée pour mentionner le fameux "Manifeste en une feuille".

Comme mentionné dans l'article consacré à Hōnen Shonin, ce dernier rédigea un très court traité deux jours avant son décès. En effet, Hōnen avait alors atteint l'âge de 80 ans, était devenu à moitié aveugle, et suite à son exil il n'était revenu à Kyōto que depuis deux mois. Bien que court, le contenu de ce texte est un enseignement très condensé et a fait l'objet d'importants commentaires, notamment au sein du Jōdo Shū, l'école qu'Hōnen Shonin fonda lui-même. Bien évidemment, ce texte est un élément important de la liturgie Jōdo Shū. Personnellement, ce traité me semble déjà extraordinairement fort et clair sans que l'on s'attarde à le commenter, je ne m'y risquerais donc pas !

Voici donc ce bref, mais très intéressant traité :

Le manifeste en une feuille

En Chine et au Japon, de nombreux maîtres et érudits bouddhistes considèrent que la pratique du nembutsu consiste à méditer profondément sur le Bouddha Amida et sa Terre pure. Cependant, je ne comprends pas la pratique du nembutsu de cette manière. La récitation du nembutsu ne découle pas de l'étude et de la compréhension de sa signification. Pour atteindre la renaissance dans la Terre Pure avec une totale certitude, ne nous pouvons que nous en remettre au nembutsu lui-même.

La récitation du nembutsu et la croyance en la renaissance au sein de la Terre Pure engendrent naturellement les trois coeurs 1 et les quatre modes de pratique 2. Si je devais dissimuler un savoir plus profond qui soit supérieur à la simple récitation du nembutsu, je risquerais de perdre de vue la compassion de Shakyamuni et du Bouddha Amida et de glisser hors de l'étreinte du voeu originel d'Amida.

Même si ceux qui ont la foi dans le nembutsu étudient l'enseignement que Shakyamuni a dispensé toute sa vie, ils ne doivent pas prendre de grands airs et doivent pratiquer sincèrement le nembutsu, tout comme un imbécile illettré, une nonne ou une personne qui ignore tout du bouddhisme.

J'authentifie ce document avec mon empreinte digitale. La voie de l'école de la Terre Pure de la conscience paisible 3 y est ici entièrement transmise. Moi, Genkū 4, n'ai pas d'autre enseignement que celui-ci. C'est pour éviter toute interprétation erronée après mon décès que je rédige ce testament final.


Gratitude

Namu Amida Butsu



1 Les trois coeurs (sanjin) sont les trois coeurs mentionnés dans le soûtra des contemplations et dans le grand soûtra de Vie-Infinie

2 Les quatre modes de pratique (shishu) sont la pratique prolongée, la pratique respectueuse, la pratique ininterrompue et la pratique exclusive (décrites par Hōnen dans le Senchaku-shū)

3 La conscience paisible (anjin) est la conscience acquise grâce à Shinjin. Cette conscience est double : c'est la conscience de l'amère réalité de notre existence, remplie de passions aveugles et d'obstacles karmiques, et c'est simultanément la conscience de la compassion inconditionnelle du Bouddha qui sauve tous les êtres sans exception

4 Genkū est le nom privé que Hōnen reçu de la part de son maître Eikū
boutton de retour
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