A quoi ressemble concrètement la pratique du bouddhisme ?

Cette page est la dernière d'une série de trois que je voulais écrire pour parler de pratique d'un point de vue plus concret. Regarder un verre d'eau n'a jamais étanché la soif : la pratique est essentielle. Encore faut-il savoir de quoi on parle !
Si vous avez déjà lu cet article et celui-là, vous vous êtes peut-être procuré bougies, porte encens, mala et peut-être même avez-vous déjà dressé un autel. Si c'est le cas c'est pas mal du tout ! Mais une fois que ça c'est fait, que se passe-t-il ? Concrètement c'est quoi être bouddhiste, que fait-on quand on est ouvertement bouddhiste, à quoi ça rime cette histoire ? Je vais commencer par ma rengaine habituelle : ça dépend de l'école dont vous suivez les enseignements ! Si vous êtes lié à un temple il suffit de demander aux responsables ce que vous devez faire, rien de plus simple. Si ce n'est pas le cas par contre on peut se sentir beaucoup plus perdu... Si on se sent bouddhiste, qu'on veut pratiquer mais qu'on n'a ni temple à proximité, ni tradition précise à suivre comment faire ?
Certaines pratiques (ésotériques, tantriques...) ne peuvent être réalisées si elles n'ont pas été correctement enseignées par un enseignant qualifié. Ce genres de pratiques quand elles ne sont pas encadrées sont au mieux inutiles, au pire dangereuses. Je vais donc plutôt parler de pratiques plus faciles, plus accessibles, même s'il existe souvent des pratiques préparatoires accessibles à chacun dans ce genre de courants.
Un premier point important en ce qui concerne la pratique, c'est qu'elle doit être régulière. C'est comme n'importe quelle activité. Si vous voulez apprendre à parler espagnol, ce n'est pas en faisant 3H d'espagnol le dimanche de 16H à 19H que vous allez progresser. Vous aurez bien plus de résultats si vous en faites tous les jours 20 minutes. Intégrer sa pratique à son quotidien est un premier point important, et clairement, les meilleurs moments pour pratiquer sont le matin et le soir. Inutile de démarrer brutalement, vous pouvez très bien commencer par 10 minutes le matin et 5 minutes le soir, puis éventuellement augmenter ces créneaux au fil de vos disponibilités, de votre engagement ou des bénéfices que vous en retirerez.
On est tous très occupés, mais 10 minutes le matin et 5 le soir c'est quand même très très faisable. Même si ça ne fait pas toujours plaisir (je suis le premier à ne pas aimer ça) mettre son réveil 10 minutes plus tôt n'est pas un problème si on est un peu de bonne volonté. De la même façon, 5 minutes de réseaux sociaux en moins le soir c'est quand même assez facile. Nous avons donc le quand. En ce qui concerne le où, l'autel est bien évidemment l'emplacement le plus désigné. Reste le quoi. Ici vous avez pas mal de possibilités qui s'offrent à vous. Visualisations, récitations, méditations, prières, prosternations... Il existe des pratiques simples qui peuvent être mises en oeuvre immédiatement. C'est normal, il faut bien commencer quelque part ! Voyons ensemble quelques pratiques concrètes :
- Il existe de nombreuses visualisations possibles. Je fais une différence un peu arbitraire entre la visualisation et la méditation, mais bien entendu les deux se recoupent facilement. Le principe d'une visualisation est de se représenter mentalement des images censées nous apporter un bienfait spirituel. On peut pratiquer les yeux ouverts ou fermés, mais en l'absence de méthode précise il est important de choisir ce qui nous convient le mieux. Souvent l'objet de la visualisation est la représentation d'un Bouddha. Que la visualisation soit floue ou imprécise au début est parfaitement normal, nos capacités s'affinent avec le temps et l'expérience. Je ne suis pas spécialiste en la matière, de façon un peu plus précise je me contenterais de citer le Soutra des contemplations. Ce texte contient plusieurs visualisations en lien avec Amida, souvent très difficiles, mais malgré tout la première est vraiment très simple. Voici l'extrait du soutra qui traite de cette visualisation :
« Toi et les êtres vivants, vous devez avoir un coeur exclusif et maintenir votre pensée sur un unique objet. Méditez sur l'ouest. Comment faire cette méditation ? En général, vous, les êtres vivants qui faites cette méditation, vous n'êtes pas des aveugles de naissance et vous possédez l'usage de vos yeux. Vous avez déjà tous vu le soleil couchant. C'est son souvenir que vous devez susciter en vous. Assis d'une manière correcte, face à l'ouest, contemplez attentivement le soleil. Que votre coeur demeure fermement en lui. Pensez à lui exclusivement et ne divaguez pas. Voyez le soleil en train de se coucher, pareil à un tambour suspendu. Quand vous aurez terminé de voir le soleil, il deviendra pour vous clairement visible, que vos yeux soient ouverts ou fermés. Voilà donc la méditation sur le soleil, qu'on appelle "Première Contemplation". »
- La méditation est la pratique emblématique du bouddhisme. Souvent une grande importance est donnée à la posture : elle doit favoriser le recueillement et la concentration, pas l'assoupissement. Méditation n'implique pas forcément visualisation, et souvent la respiration en est un élément-clef. Il existe de nombreux types de méditations, avec des objectifs différents. Méditation sans objet, sur l'énergie, une émotion, une qualité spirituelle... Un exercice classique est une méditation sur le souffle : vous inspirez et expirez longuement en comptant vos expirations jusqu'à 10 (ou en utilisant un mala) en tentant de ne pas penser à autre chose. Si vous perdez le compte vous recommencez. Sinon il y a aussi seiza !
- Vous ne voyez rien lors de votre visualisation et vous endormez pendant la méditation ? Essayez les récitations ! Cette pratique peut aussi être considérée comme méditative, vous pouvez répéter un mantra ou le nom d'un Bouddha/bodhisattva, ce ne sont pas les nominés qui manquent. C'est une façon intéressante de tisser une relation avec la figure cultuelle ou l'énergie qu'elle représente. "Namu Dai Hi Kanzeon Bosa" ou "Om mani padme hum" pour Kannon ou "Om ka ka kabi san maei soha ka" pour Jizo, les mantras ne manquent pas en tibétain, chinois, japonais... Ici aussi vous pouvez utiliser un mala pour compter les récitations (ou ne pas les compter). Et bien évidemment le fameux nembutsu "Namu Amida Butsu" !
- Il n'y a pas que les mantras et noms d'êtres réalisés qui peuvent être récités : il existe nombre de prières mais aussi de traités, poèmes, chants ou soutras qui peuvent faire l'objet de votre pratique. Très utilisé dans le Zen et pratique parce qu'il est court, il y a l'Hannya Shingyo, le soutra du coeur. Vous pouvez trouver le texte ici, et pour la façon de le chanter les exemples ne manquent pas sur le net !
- Les prosternations sont une façon de cultiver l'humilité et le lâcher-prise. Très présentes dans le bouddhisme tibétain, il existe plusieurs façons de se prosterner. On commence généralement par joindre les mains en "gasshô" (paume contre paume, le bout des doigts vers le haut, mains devant le torse) puis après un rapide passage à genoux on se tourne vers le sol, face contre terre, en touchant le sol du front complètement à plat ventre ou à genoux.
Bien sûr, apprendre ce genre de pratiques auprès d'enseignants qualifiés est bien plus intéressant. Mais s'il n'y a aucun pratiquant dans votre entourage ou si vous n'avez pas encore osé passer la porte du temple près de chez vous (ou si le temple en question est un peu louche, hélas ça arrive aussi) ces quelques exemples peuvent déjà vous permettre d'instaurer une routine intéressante et de tâter par vous-même la réalité quotidienne du bouddhisme. Au pire on commence en tâtonnant et on affine plus tard : c'est aussi ça le cheminement spirituel !
Dans quelques temps je ferais un article complètement dédié aux pratiques Jodo Shin, qui ont l'intérêt d'être très accessibles et faciles à mettre en oeuvre, même si on ne peut pas fréquenter de temple. Pendant ce temps, n'attendez pas d'être un "vrai bouddhiste" avant de commencer, vous avez déjà la légitimité !

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